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Là où se jouent les décisions, les doutes et les trajectoires ; un regard sincère, porté par les entrepreneurs de l’IME

La solitude de l’entrepreneur a une solution : le binôme.

23h14. Un message part dans le silence d’un appartement endormi. « Je sais pas si j’ai pris la bonne décision aujourd’hui. » Pas de point d’interrogation. Pas d’explication. Juste ça, envoyé à un seul contact, avant d’éteindre le téléphone et d’essayer de dormir.

Le lendemain matin, une réponse courte : « On en parle quand tu veux. Je suis là. »

C’est tout. Et pourtant, quelque chose s’est allégé.

Ce que l’entrepreneur ne dit pas

On parle beaucoup de la pression de l’entrepreneur dirigeant — les actionnaires, les salariés, les chiffres, les délais. On parle moins de ce que cette pression implique structurellement : une impossibilité partielle de partager. Pas par arrogance, pas par manque de confiance, mais par logique de rôle.

On ne dit pas à ses équipes qu’on a peur de ne pas pouvoir les payer dans quatre mois. On ne confie pas à ses associés qu’on doute du bien-fondé du pivot qu’on vient de décider ensemble. On ne rentre pas le soir en disant à ceux qu’on aime que ce qu’on ressent, c’est une forme de vertige dont on ne voit pas encore le fond.

Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la responsabilité. Et cette responsabilité, portée seul, génère quelque chose qu’on n’a pas encore trouvé de meilleur mot pour désigner : la solitude du dirigeant.

Elle n’est pas totale — le dirigeant est souvent entouré, stimulé, sollicité. Elle est spécifique. Elle tient à un espace intérieur qui ne trouve pas d’interlocuteur à sa mesure. Un espace où les vraies questions vivent — celles qu’on ne formule même pas à voix haute, parce qu’on n’est pas sûr de vouloir les entendre.

Le binôme n’est pas une thérapie. Ni un conseil.

Il faut être précis sur ce que le mentorat n’est pas — parce que la confusion abîme la relation avant même qu’elle commence.

Le mentor n’est pas un coach : il ne facture pas, il ne suit pas un protocole, il ne pose pas de questions selon une méthode. Il n’est pas non plus un consultant : il ne livre pas de rapport, ne fait pas de recommandations formelles, ne prétend pas détenir la solution. Et il n’est certainement pas un thérapeute : il n’est pas formé pour travailler sur les blessures, il n’a pas vocation à explorer le passé.

Ce qu’il est, c’est un pair. Un dirigeant ou un ancien dirigeant qui a traversé des choses similaires — pas identiques, similaires — et qui choisit, bénévolement, de mettre cette expérience au service de quelqu’un d’autre. Sans agenda, sans intérêt, sans jugement.

Et c’est précisément cette gratuité qui crée quelque chose d’unique dans la relation. Quand quelqu’un est là sans avoir rien à y gagner, la parole change. Elle se dépose différemment. On peut dire « je ne sais plus » sans craindre que ça soit interprété comme un signal d’alarme.

La présence, avant les mots

Ce qu’on découvre dans un binôme qui fonctionne — et que personne ne vous dit au départ — c’est que les moments les plus précieux ne sont pas forcément ceux où le mentor dit quelque chose de juste. Ce sont souvent les silences, les « hm » pensifs, les « continue » qui indiquent simplement : je t’écoute, va jusqu’au bout de ce que tu penses.

Il y a quelque chose de physiologiquement différent dans le fait de parler à quelqu’un qui écoute vraiment. Pas pour répondre. Pas pour évaluer. Juste pour recevoir ce qui est dit.

Un mentoré que nous connaissons décrivait ses sessions avec son mentor comme « la seule heure de la semaine où je pense à voix haute sans faire attention à ce que je dis ». Ce n’est pas anecdotique. C’est exactement ça. L’espace mentoral est un espace de pensée non filtrée — et c’est rare, pour un dirigeant, d’en avoir un.

La solitude ne disparaît pas. Elle se porte différemment.

Il faut dire quelque chose d’honnête ici, au risque de décevoir : le mentorat ne résout pas la solitude du dirigeant. Elle reste. Elle fait partie du rôle.

Ce qui change, c’est la manière dont elle est portée. Une solitude nommée, traversée avec un témoin, n’a plus le même poids qu’une solitude silencieuse. Elle ne disparaît pas, mais elle cesse d’être un fardeau opaque. Elle devient quelque chose qu’on connaît, qu’on apprivoise — presque une boussole, paradoxalement. Ce que vous ressentez seul, c’est souvent ce qui compte vraiment.

Le mentor, dans ces moments-là, n’apporte pas la lumière. Il est simplement là dans l’obscurité. Et parfois, c’est tout ce dont on a besoin pour remettre un pied devant l’autre.

Ce que la Charte nationale dit.

La Charte nationale du mentorat entrepreneurial, cosignée avec l’État, n’est pas qu’un document institutionnel. Elle crée un cadre de confiance. Le mentorat est bénévole, confidentiel, librement choisi. Ces trois mots ne sont pas du décor.

Bénévole : personne ne doit rien à personne, sauf le respect mutuel.
Confidentiel : ce qui se dit dans le binôme reste dans le binôme.
Librement choisi : le binôme se construit, se choisit, et peut se défaire si la relation ne porte pas de fruit.

Ce cadre permet quelque chose de rare dans le monde des affaires : une relation sans contrat de résultat. Et c’est ce qui en fait la force — le mentoré peut arriver avec ses doutes sans pression de performance.

Et vous — est-ce que vous avez, quelque part dans votre semaine, un espace où vous pouvez penser à voix haute sans faire attention ? Si la réponse tarde à venir, peut-être que c’est déjà une réponse. On en parle très bientôt.

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